Conférences de théologie morale à Hollerich
Le péché et la liberté dans le Christ
Un auditoire attentif face à un thème actuel
PAR PAOLA PUSATERI *
Très appréciées ont été les conférences données par Mgr Massimo Cassani les 10 et 11 novembre derniers au centre culturel de Hollerich. Mgr Cassani (professeur de théologie morale auprès de la Faculté théologique de la région Emilia-Romagna [Italie]), a impressionné l’auditoire par la clarté et la profondeur de son exposition.
Qu’est-ce que la liberté? Pour la Bible, la liberté signifie non seulement le libre arbitre (= capacité de décider de manière autonome de sa propre vie) mais surtout la responsabilité: capacité de reconnaître sa condition de créature – sa dépendance de Dieu – et de vivre son existence comme une réponse reconnaissante à son don. L'homme n'agit de façon responsable que lorsqu'il s'efforce de comprendre et de réaliser la volonté de Dieu.
Dieu a créé l’homme à son image (Gn 1 et 2): c'est-à-dire capable de vivre une relation d’amour avec son créateur. Jésus est l’image parfaite de Dieu, et par conséquent le modèle de tout être humain. Il nous montre le projet de Dieu: dans le Christ tout homme est appelé à participer à la vie divine. L’homme se réalise en plénitude dans la mesure où il accueille l’amour de Dieu (qui le divinise) et s’efforce d’être et d’agir comme le Christ, qui dit: comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres (Jn 13,34). En hébreux, le terme aimer a la même racine que le terme servir. L’amour n’est pas d’abord un sentiment, mais la décision de faire de sa vie un don aux autres. L’homme est fait pour aimer et il ne peut trouver son bonheur en dehors de l’amour.
L’homme a été créé libre: il peut accepter de réaliser le projet de Dieu pour lui ou le refuser. Cependant, gérer sa vie de manière non conforme à la volonté de Dieu ne signifie pas découvrir des moyens nouveaux pour parvenir à la plénitude de la vie (car ces moyens n'existent pas). Cela signifie plutôt anéantir sa propre humanité et se priver soi-même de l'immortalité.
Pourquoi le mal et le péché?
La mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon (Sg 2,24) que l’on suppose envieux du lien privilégié que Dieu a voulu avec l’homme. Genèse 3 montre le démon ou diable (du grec diaballo qui signifie diviser) comme la cause du péché de l’homme.
On pourrait interpréter le péché comme un échec existentiel, comme rater le but de sa vie.
En créant l’homme, Dieu l’entoure de tout ce dont il a besoin pour être heureux: la création, l’altérité homme-femme, l’intimité avec Dieu. Il lui interdit une seule chose: manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal (Gn 2). Selon l'usage linguistique de l'Ancien Testament, la connaissance du bien et du mal signifie la faculté de décider en toute autonomie de ce qui est bien et de ce qui est mal (la loi morale), mais aussi l'omniscience (= tout savoir) et la toute-puissance. Dieu donc demande à l’homme de ne pas se prétendre Dieu (car il ne l’est pas!), mais, au contraire, d’accepter sa condition de créature, avec ses limites, et de s'ouvrir à Dieu en faisant sa volonté. Car la volonté de Dieu est que l’homme s’épanouisse en tant qu’être humain et en tant que fils adoptif, appelé à partager la divinité du Père.
Le péché d’Adam et Eve (Gn 3) nous montre la dynamique de tout péché. Le diable tente l’homme en semant le doute sur la bonté de Dieu: Dieu est jaloux et craint que tu puisses devenir comme lui. Si tu fais ce que tu veux, tu seras libre et heureux.
La rupture avec Dieu conduit l’homme à se replier sur lui-même et à se mettre au centre de l’univers. A présent, c’est par ses mo-yens qu’il doit se donner la vie et le bonheur. Désormais, il a peur de Dieu, vu comme l’ennemi de sa liberté. Le prochain devient un objet de ses désirs égoïstes, ou bien un adversaire qui pourrait entraver la réalisation de ses désirs. Tout ce qu’il avait reçu de Dieu comme don, il l’arrache des mains du créateur pour l’utiliser de manière égoïste.
L’homme que Dieu avait voulu libre devient ainsi esclave du péché. L’anxiété et la peur de la mort remplacent la joie et l’abandon confiant dans la volonté de Dieu. Malgré tous ses efforts, il ne peut se délivrer tout seul de son égoïsme et de son repliement sur lui-même.
La liberté dans le Christ
La bonne nouvelle de l’Evangile est que le Père a envoyé son Fils fait homme, pour nous. Il est mort et ressuscité pour rendre à chaque homme la liberté et la dignité des enfants de Dieu. Par le baptême nous sommes unis au Christ et à son corps qui est l’Eglise. Le péché et la mort sont vaincus car le Christ (qui est Dieu) a vaincu Satan (qui est une créature). Cependant, le temps qui nous sépare de la venue glorieuse du Christ (à la fin des temps), est un temps de lutte, car Satan continue à tenter chaque homme, sachant qu’il lui reste peu de temps. C’est pourquoi saint Paul nous exhorte: «C’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Donc tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage.» (Ga 5)
Les textes des conférences peuvent être téléchargés sur le site www.kolbemission.org
* L'auteure est membre de l'Institut des Missionnaires de l’Immaculée – Père Kolbe à Luxembourg.
Un auditoire attentif face à un thème actuel
PAR PAOLA PUSATERI *
Très appréciées ont été les conférences données par Mgr Massimo Cassani les 10 et 11 novembre derniers au centre culturel de Hollerich. Mgr Cassani (professeur de théologie morale auprès de la Faculté théologique de la région Emilia-Romagna [Italie]), a impressionné l’auditoire par la clarté et la profondeur de son exposition.
Qu’est-ce que la liberté? Pour la Bible, la liberté signifie non seulement le libre arbitre (= capacité de décider de manière autonome de sa propre vie) mais surtout la responsabilité: capacité de reconnaître sa condition de créature – sa dépendance de Dieu – et de vivre son existence comme une réponse reconnaissante à son don. L'homme n'agit de façon responsable que lorsqu'il s'efforce de comprendre et de réaliser la volonté de Dieu.
Dieu a créé l’homme à son image (Gn 1 et 2): c'est-à-dire capable de vivre une relation d’amour avec son créateur. Jésus est l’image parfaite de Dieu, et par conséquent le modèle de tout être humain. Il nous montre le projet de Dieu: dans le Christ tout homme est appelé à participer à la vie divine. L’homme se réalise en plénitude dans la mesure où il accueille l’amour de Dieu (qui le divinise) et s’efforce d’être et d’agir comme le Christ, qui dit: comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres (Jn 13,34). En hébreux, le terme aimer a la même racine que le terme servir. L’amour n’est pas d’abord un sentiment, mais la décision de faire de sa vie un don aux autres. L’homme est fait pour aimer et il ne peut trouver son bonheur en dehors de l’amour.
L’homme a été créé libre: il peut accepter de réaliser le projet de Dieu pour lui ou le refuser. Cependant, gérer sa vie de manière non conforme à la volonté de Dieu ne signifie pas découvrir des moyens nouveaux pour parvenir à la plénitude de la vie (car ces moyens n'existent pas). Cela signifie plutôt anéantir sa propre humanité et se priver soi-même de l'immortalité.
Pourquoi le mal et le péché?
La mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon (Sg 2,24) que l’on suppose envieux du lien privilégié que Dieu a voulu avec l’homme. Genèse 3 montre le démon ou diable (du grec diaballo qui signifie diviser) comme la cause du péché de l’homme.
On pourrait interpréter le péché comme un échec existentiel, comme rater le but de sa vie.
En créant l’homme, Dieu l’entoure de tout ce dont il a besoin pour être heureux: la création, l’altérité homme-femme, l’intimité avec Dieu. Il lui interdit une seule chose: manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal (Gn 2). Selon l'usage linguistique de l'Ancien Testament, la connaissance du bien et du mal signifie la faculté de décider en toute autonomie de ce qui est bien et de ce qui est mal (la loi morale), mais aussi l'omniscience (= tout savoir) et la toute-puissance. Dieu donc demande à l’homme de ne pas se prétendre Dieu (car il ne l’est pas!), mais, au contraire, d’accepter sa condition de créature, avec ses limites, et de s'ouvrir à Dieu en faisant sa volonté. Car la volonté de Dieu est que l’homme s’épanouisse en tant qu’être humain et en tant que fils adoptif, appelé à partager la divinité du Père.
Le péché d’Adam et Eve (Gn 3) nous montre la dynamique de tout péché. Le diable tente l’homme en semant le doute sur la bonté de Dieu: Dieu est jaloux et craint que tu puisses devenir comme lui. Si tu fais ce que tu veux, tu seras libre et heureux.
La rupture avec Dieu conduit l’homme à se replier sur lui-même et à se mettre au centre de l’univers. A présent, c’est par ses mo-yens qu’il doit se donner la vie et le bonheur. Désormais, il a peur de Dieu, vu comme l’ennemi de sa liberté. Le prochain devient un objet de ses désirs égoïstes, ou bien un adversaire qui pourrait entraver la réalisation de ses désirs. Tout ce qu’il avait reçu de Dieu comme don, il l’arrache des mains du créateur pour l’utiliser de manière égoïste.
L’homme que Dieu avait voulu libre devient ainsi esclave du péché. L’anxiété et la peur de la mort remplacent la joie et l’abandon confiant dans la volonté de Dieu. Malgré tous ses efforts, il ne peut se délivrer tout seul de son égoïsme et de son repliement sur lui-même.
La liberté dans le Christ
La bonne nouvelle de l’Evangile est que le Père a envoyé son Fils fait homme, pour nous. Il est mort et ressuscité pour rendre à chaque homme la liberté et la dignité des enfants de Dieu. Par le baptême nous sommes unis au Christ et à son corps qui est l’Eglise. Le péché et la mort sont vaincus car le Christ (qui est Dieu) a vaincu Satan (qui est une créature). Cependant, le temps qui nous sépare de la venue glorieuse du Christ (à la fin des temps), est un temps de lutte, car Satan continue à tenter chaque homme, sachant qu’il lui reste peu de temps. C’est pourquoi saint Paul nous exhorte: «C’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Donc tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage.» (Ga 5)
Les textes des conférences peuvent être téléchargés sur le site www.kolbemission.org
* L'auteure est membre de l'Institut des Missionnaires de l’Immaculée – Père Kolbe à Luxembourg.